J'ai récupéré ceci sur un forum. Excellent article...un peu long mais l'histoire est passionnante! Allez bandes de feignants, lisez moi ça pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.
Vous l´avez sans doute entendu, en aout 2006, au paraguay est arrivé un évènement horrible. Des pauvres, dans un centre commercial installé au pied d´un immeuble de quelques étages (façon Nouvelles Galleries, mais le magasin est plutôt genre Liddle...) se sont retrouvés coincés par le géran dusdit magasin. Un incendie s´est déclenché, entrainant une certaine panique. Et pour éviter les vols, le gérant a vérouillé le magasin. Résultat 294 mort le lendemain, 350 quand on a commencé à nettoyer les étals.
D´où la réflexion : mais qu´est-ce qui pousse des gens pauvres à aller consommer dans un magasin de grande surface qui présente différentes catégories d´articles, pour les différentes catégories de gens. Qu´est-ce qui pousse des pauvres à vouloir acheter au dessus de nos moyens.
Ce n´est pas une réflexion seulement valable pour les pays en développement. C´est aussi valable pour nos pays, et pour tous les hommes. En Grande-Bretagne, par exemple, qui détient le record du surendettement des ménages.
C´est aussi un problème psycho social sans doute, donc au dessus de mes capacités. Mais voilà ce qu´on peut en dire, et ça servira d´explication aux problèmes des banlieues.
La question, dans nos sociétés, est de consommer, pour être justement. Et comment être ? Est-ce que vous aimeriez être misérable ? Pour ne pas être misérable, il ne faut pas consommer misérablement.
Pour être réellement, il faut consommer réellement.
La consommation saisit toute notre vie, toutes nos activités (ce n´est pas un hasard, de ce point de vue, si les centres commerciaux modernes comportent toutes les activités : Café, cinéma, librairie, auditorium, vêtements. Dans un centre commercial, à côté de "Play boy", on peut trouver un balzac. Le tout s´articulant autours d´une sorte de maxime "La croissance c´est l´abondance, l´abondance c´est la démocratie´).
Voilà où l´on rencontre nos jeunes de banlieue, ou bien nos pauvres, qui sont de toute façon des "erreurs de la société", de même que les délinquants. Oui, pauvres et délinquants ne devraient pas exister si l´on écoute notre discours juridico punitif. De même que dans la décénie 80, le fait qu´un enfant de 3 ans soit mort de froid dans les bras de ses parents, SDF abrités par une carcasse de bus dans le Nord, a servi de déclencheur à une indignation générale (canalisée par l´Abbé Pierre); de même que la pauvreté est "inadmissible" (à un certain point); de même la délinquance, le deal, le vol sont inadmissible; et aujourd´hui les deux sont traités de la même manière. Les délinquants sont éffacés du paysage social par leur internement en prison, où ils sont soustraits à la vue de la foule; de même on a vu récemment la "politique des tentes" mises en place avant Paris Plage, qui indifférencie le pauvre et le rend marginal tout autant que câché.
Je reviens à mon sujet, et vais éclairer la réalité par une fiction qui sans doute n´est jamais advenue, et n´adviendra sans doute jamais. Mais c´est une fiction pour comprendre le réel.
Il y´a deux types de pauvres. Y´a ceux qu´on aime bien, qui s´inscrivent dans le tissu économique, qui empruntent au banquier, ont du mal à joindre les deux bouts. Et il y´a ceux qu´on n´aime pas, qui sont hors l´organisation sociale, qui vivent de rapine, ou autre, celui qui gène dans la rue, celui qu´on voit. (oui parce qu´on a le droit d´être pauvre, si on se fait pas trop remarquer).
Maintenant imaginons une famille qui illustrera le processus à l´oeuvre. La mère est du premier type de pauvre. Elle a ouvert 13 emprunts à 13 banques différentes, qui ne vérifient rien. Elle dispose de 45 cartes de crédits, toutes à sec. Elle est en risque permanent de "faillite personelle" comme disent les juristes (des banques d´ailleurs jouent là dessus : lorsqu´un juge prononce la faillite personelle, on efface les dettes de la personne, on lui prend tous ses biens qui permettent de rembourser une partie de la dette, et l´Etat rembourse certaines banques. Y´a donc une économie vis à vis du pauvre qui se met en place. J´attend le jour où les dettes seront transmises aux enfants).
Cette mère se sacrifie pour son gosse unique. Elle ne veut pas qu´il soit comme elle, parce qu´il a le droit d´être normal, comme les autres. Elle lui achète tout ce qu´il veut, cède à ses caprices, même s´il lui faut se saigner pour cela. Le petit est habillé comme tous les autres de son collège/lycée, qui eux ne sont pas pauvres.
Pour faire simple d´ailleurs, on va dire qu´il n´existe pas de seuil réel de pauvreté. C´est essentiellement un seuil psychologique. Et comme l´attestent tous les ouvrages sur la pauvreté (qui sont plutôt des études de cas...) il y´a autant de pauvretés que de pauvres. Être pauvre à Paris ou à Johannesburg est incomparable...
Donc le petit est comme les autres. Vous savez comment sont les enfants : pire que le plus misérable des pervers. Ils sont des salauds qui s´ignorent. Ils sont l´homme avant l´éducation, l´homme cruel. Et ils ne se gènent pas pour faire remarquer à leur camarade que lui est pauvre, et pas eux. C´est ce que j´ai pu entendre non loin du lycée P. de Fermat...
Et si le pauvre est habillé comme eux, ce qu´il porte ne va pas avec sa tête, ou bien il le porte mal. Bref, il a des "mauvais gouts", donc des gouts populaires (par définition) et par extension les gouts de sa catégorie sociale. Il y´a toute une frustration qui découle de la pauvreté, et des limitation qu´elle entraine.
Le gamin est loin d´être con, et se rend rapidement compte qu´il y´a une seule clé à tous ses problèmes : le fric. Qu´est-ce qui permet de consommer ? L´argent. Et la richesse personelle permet d´être quelqu´un, d´exister socialement, de ne plus être une erreur. Le gamin se rend compe que les chemins de la légalité ne mène qu´à la souscription à des banques véreuses. Et le lendemain, il se ramène avec une bagnole toute neuve. Il a dealé, ou bien il est devenu garde du corps du boss local. Il est sorti de la légalité, ce qui lui permet de gagner baucoups d´argent, en très peu de temps. En une semaine il se fait 1000 euros, alors que la mère met 1 mois au mieux, 1 an au pire.
La mère est impressionnée, va voir le banquier qui s´attend à la voir souscrire à un nouvel emprunt. Elle rembourse ses dettes. Avec l´argent du fils, elle se crée une activité (atelier de couture par exemple, dans toulouse, il y´a aussi des kebabs ...) qui permet de blanchir l´argent.
Il faudrait être sacrément con pour ne pas agir comme ce gamin, en tous cas, moi j´agirais de la sorte.
La société de consommation; dernier joyau du libéralisme : le plus efficace fabricateur de croissance ainsi que d´inégalité; dispose des mêmes ambivalences. Société d´abondance, d´ordre, de désir satisfait; elle est aussi en même temps et par nature une société de privation, d´insécurité et de désordre, ainsi qu´une société de frustration.
Je crache à cette prétendue société du bonheur, complètement mutante et innaturelle. La preuve d´ailleurs de l´innaturalité du désir, qui est la fondation de la consommation, est qu´il "n´est pas facile de s´adapter à l´abondance" (Galbraith et les "Stratèges du Désir")
Au lieu d´apporter la liberté, le libéralisme n´apporte par la consommation que de nouvelles contraintes morales et psychologiques. Le vocabulaire de nos amis est d´ailleurs équivoque : il faut apprendre aux hommes à être heureux, leur apprendre à se consacrer au bonheur, aménager des réflexes du bonheur. Il n´y a rien de paradisiaque là dedans. Il n´y a rien d´un progrès, et par conséquent ce ne peut qu´être un mal. Reste à en déterminer les degrés.
Si j´ai prétention à l´universel, je ne l´ait pas à la vérité (qui est de toute façon infinie dans les sciences humaines, du fait du nombre infini de faits et de possibilités de combinaisons). Il existe des tas de bouquins sur la pauvreté (ils sont d´ailleurs bien nuls) ou sur la société de consommation (celui de Baudrillard, qu´il faudrait que je finisse); mais ma réflexion n´est basé sur aucun.
Par Pierrepoljack
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Publié dans : Divers
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