| Depuis quelques mois, je regardais avec un vrai respect une micro-société qui s'etait formée à deux pas des Invalides et de l'Hopital Necker, à la croisée du Boulevard Pasteur et de l'avenue de Breteuil. Là, tout droit sortie d'une Utopie de Tomas Moore, des sans abris avaient posé leurs tentes et commençaient à vivoter pacifiquement. Ils formaient un groupe compact et on sentait un premier lien de solidarité qui les rendait visiblement plus fort. Malgré leur misère et leur crasse, leur yeux avait repris un éclat qui ne mesurait que cet espoir qu'ils nourrissaient de vivre mieux. Un camping sauvage et tapageur pour certains, une lutte organisée pour une survie pour d'autres. La vie à chacun de mes passages reprenait ses droits et on pouvait constater une rigueur dans l'organisation des tentes, une «place centrale» laissée pour quelques réunions nocturnes... Un semblant de vie de société etait né dans ce petit cadre d'un arrondissement parisien. Je trouvai qu'il y avait la dedans un génie humain à se structurer malgré la pauvreté et surtout la froideur du monde moderne. J'imaginais le calvaire de ces hommes qui s'entassaient dans ces toiles et le vacarme incessant du metro et des véhicules... la pollution et maintenant la chaleur caniculaire de l'été. Pourtant, ces SDF étaient là... heureux, unis... grace à Medecin du Monde...
Néanmoins, alors que mon optimisme pour cette faculté de «vivre et d'esperer» se réjouissait de l'ingénuosité de ces «freres malchanceux», une marée égoiste préparait sa montée. Avec calme et froideur, les petits propriétaires des rues avoisinantes et les commerçants apeurés ont mené une entreprise de sappe efficace. Ces «ames matérielles», parfois pourtant chrétiennes, ne supportaient pas que la misère s'étale et se structure... à deux pas de magnifiques appartements dont les metres-carrés se jalousent à prix d'or ou de magouilles. Ainsi va la petitesse. Les commissariats excédés par ces délations dites intelligentes, les acteurs sociaux conspués pour les memes raisons... tous ont du ceder à ce réflexe bourgeois de protection. «cachons cette misere qu'on ne saurait voir»... Aujourd'hui, je suis passé devant cette micro-société... avec une rapidité fulgurante, les tentes ont été balayées par la «véritable misère humaine», misere de coeur ou d'ame, c'est à voir. Ainsi, les petits esprits étriqués, habitués aux pétitions basses et efficaces, ont conduit des hommes à tout perdre à nouveau pour la seule raison qu'on ne peut rien leur offrir... ni travail, ni dignité, ni bonheur. Auteur: Yannick Comenge |
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